HOMMAGE/ Charles Aznavour, le dernier géant

« Je n’ai pas peur de la mort, j’ai peur de ne pas vivre. Le matin quand je me réveille et que je suis en vie, je pars du bon pied. » Le dernier géant de la chanson française, « le Sinatra Français » comme le qualifie la presse anglo-saxonne, s’est éteint chez lui, lui dont les chansons auront accompagné trois générations. À 94 ans, il revenait juste du Japon, lui qui venait de chanter à Tokyo. Au milieu de ses oliviers, il se reposait avant de repartir, encore et toujours. Il devait accompagner la semaine prochaine le Président Macron au Sommet de la francophonie, à Erevan, en Arménie. Chez lui.

Charles Aznavour, né Shahnourh Varinag Aznavourian, avait pris la nationalité arménienne il y a une dizaine d’années et représentait aussi sa patrie à l’ONU. « Je ne devais pas aller loin, je suis le chanteur français le plus connu au monde. » Celui qui chantait Je n’ai rien oublié n’avait en effet pas oublié les critiques, lui qui avait rencontré le succès tardivement, à 36 ans. Chanteur, acteur, saltimbanque, il aura écrit pour Greco, Montand, Chevalier, Piaf, qui le poussera à sortir de l’ombre. « Si elle m’a adopté, c’est qu’elle avait trouvé en moi quelqu’un de sa trempe, de sa race de vagabonde, avait-il confié. Parce que moi aussi j’ai connu la rue, nous parlions le même langage. » « Je me suis payé les folies qu’on peut s’offrir quand on a manqué d’argent. Et puis je me suis lassé. En même temps, j’ai conscience que mes « riens » à moi, c’est déjà du luxe. Malgré tout, je suis toujours resté un pauvre : j’ai réussi à avoir les moyens, mais je ne me suis jamais enrichi. »

70 ans de carrière, plus d’un millier de chansons… Il faut en réécouter les paroles, telle Hier encore, pour sentir la puissance de ces morceaux magnifiquement écrits et si riches de sens. Une écriture soignée d’un artisan des mots, dont le J’me voyais déjà refusé par Yves Montand sera la première marche d’une carrière incroyable, bâtie chanson après chanson. Sa signature : une première phrase toujours ciselée. Le succès ne le quittera plus jamais, même sil n’hésite pas à chanter des morceaux engagées, les thèmes qui dérangent. À soutenir les migrants, ou récemment à appeler à repeupler les villages français en y installant les réfugiés fuyant l’Irak.

« Il faut boire jusqu’à l’ivresse sa jeunesse », avait jadis chanté Aznavour, le temps revenant souvent au gré de ses morceaux et au fil de sa plume, dégainant trois tubes par an, hors des modes. L’apôtre de la cause arménienne, l’exilé nostalgique, se disait deux fois français, naturalisé à la naissance, lui qui fut enfant de choeur à Saint-Sevrin sans être catholique, quand il était enfant. La religion « fait partie de la culture arménienne, mais je ne suis pas du tout pratiquant ». Non pratiquant, mais croyant ? « Plus ou moins. J’ai quelque chose en commun avec les agnostiques : le doute. » Pourtant, comme oublier son concert de décembre 2017, à Bercy, une croix géante sur scène devant 20.000 personnes. Et Charles Aznavour de reprendre alors son Ave maria au pied de la croix projetée derrière lui :

Ave Maria

Ceux qui souffrent viennent à toi

Toi qui as tant souffert

Tu comprends leurs misères

Et les partages

Marie courage
Ave Maria
 Ave Maria

Ceux qui pleurent sont tes enfants

Toi qui donnas le tien

Pour laver les humains

De leurs souillures

Marie la pure
Ave Maria 
Ave Maria

Ceux qui doutent sont dans la nuit

Maria
 Éclaire leur chemin

Et prends-les par la main

Ave Maria
 Ave Maria, Ave Maria

Amen

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