Baptême et destruction des liens ancestraux, ce que dit l’Église

En Côte d’Ivoire et dans la plupart des pays africains, de nombreux catholiques croient que les liens qu’auraient tissés leurs ancêtres avec d’autres divinités sont les principales raisons de leurs échecs et difficultés. Face à cette croyance, l’Église fait une mise au point.

Séminaires, retraites spirituelles, journées de prières : les activités ne manquent pas pour la destruction de présumés « liens familiaux et ancestraux » et « la guérison de l’arbre généalogique ».

De nombreux chrétiens, baptisés ou non, estiment souffrir des conséquences de péchés commis par leurs ancêtres. À leurs yeux, des liens contractés par leurs ascendants avec d’autres divinités subsisteraient malgré leur appartenance à l’Église, et seraient les principales raisons de blocages et d’échecs dans leur vie.

« C’est une idée qui s’est répandue dans les diocèses de France, après les États-Unis et le Canada, à la faveur de la traduction de quelques livres d’auteurs épiscopaliens ou catholiques, et qui est en train de gagner notre Église, reconnaît le père Alain Clément Amiezi, secrétaire exécutif national de la commission épiscopale ivoirienne pour la doctrine de la foi. Cela pose problème au niveau biblique, doctrinal et psychologique. »

Sources bibliques

Les défenseurs de cette thèse en tirent les fondements dans la Bible. Leurs citations bibliques justifiant la transmission du péché des ancêtres comme héritage pour les générations futures sont tirées de l’Ancien Testament, en particulier le texte de l’Exode 20, 5-6 où le Seigneur se présente comme « Dieu jaloux, qui punit l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent ». D’autres citent également un proverbe très répandu en Israël dans les temps anciens et énoncé dans les livres de Jérémie et d’Ezéchiel : « Les pères ont mangé des raisins verts, Et les dents des enfants en ont été agacées ».

Erreur

Mais le secrétaire exécutif national de la commission épiscopale pour la doctrine de la foi est catégorique : l’utilisation de ces textes bibliques pour justifier l’idée d’une solidarité de la rétribution du péché est une erreur. « C’est oublier tout le développement de la Révélation jusqu’au cas exemplaire de l’aveugle-né de l’Évangile de St Jean, estime-t-il. Le prophète Jérémie (31, 29-30) a annoncé pour l’avenir l’abolition de toute punition collective ou retardée. Aussi, le prophète Ezéchiel (18, 2-18) ira plus loin : selon lui, la rétribution, car c’est bien de cela qu’il s’agit, n’est en principe qu’individuelle. »

Cette évolution de la théorie de la rétribution trouve sa plus haute explication dans le ministère du Christ. En Jean 9, 2 dans le récit de l’aveugle-né, rappelle le père Amiézi, docteur en théologie dogmatique, il est écrit que pour Jésus « Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché ; mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui.»

Le baptême détruit tous les liens

En outre, estime le théologien, croire en ces choses pose des problèmes au niveau doctrinal sur la valeur salvifique du baptême et peut avoir des répercussions négatives au niveau psychologique pour les chrétiens. « Ce serait nier en bloc les effets du baptême qui, il faut le rappeler, est précédé de l’exorcisme dans le cheminement catéchumenal, exorcisme destiné justement à détruire tout lien antérieur, explique-t-il. Au niveau psychologique, avec ce genre de théorie, on arrive même à anesthésier ce qu’on appelle les forces vives. Dans mon parcours de prêtre, j’ai rencontré des cas de personnes qui en raison de cette croyance ont été démotivées. »

Guy Aimé Eblotié (à Abidjan)

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