Le mariage catholico-musulman ou le mariage avec disparité de culte

Il nous faut d’abord procéder à une rectification. Le terme « mariage mixte » ne désigne pas un mariage entre une partie catholique et une partie musulmane. Il s’applique ne qu’aux mariages entre chrétiens de différentes confessions, c’est-à-dire entre baptisés appartenant aux Eglises catholique, orthodoxe ou protestante. Le mariage entre une personne catholique et une autre non baptisée, qui peut être d’une autre religion et même athée, est appelé « mariage avec disparité de culte ».

Dans un pays comme le nôtre, le mariage avec disparité de culte est bien fréquent mais une telle pratique exige prudence, clarté et surtout une conscience réaffirmée de l’identité chrétienne et de la vision catholique concernant le mariage et la famille.

Ce post a ainsi pour objectif d’indiquer les conditions dans lesquelles ces mariages peuvent être célébrés dans l’Eglise catholique.
Mais avant, nous aborderons quelques considérations théologiques et pastorales expliquant la position de l’Eglise catholique par rapport à ces mariages.

Quelques considérations théologiques et pastorales

Dans un entretien sur les couples formés de personnes appartenant à des confessions ou religions différentes, sur le site internet du Conseil pontifical pour la famille, www.family.va, Mgr Jean Laffitte, secrétaire du Conseil pontifical pour la famille expliquait que « ce n’est pas si simple d’aimer quelqu’un qui ne partage pas la même appartenance religieuse ».
A cause d’éventuelles implications possibles, le chrétien qui veut participer activement à la vie de foi doit se demander si son conjoint n’entrave pas sa pratique religieuse.
« La foi catholique relie le mariage à un mystère qui est plus grand, à savoir celui de l’union entre le Christ époux et l’Eglise épouse. Pour les catholiques, le mariage est le septième sacrement et il ne représente donc pas seulement un signe de la volonté de l’union entre les deux mariés, mais le signe efficace de l’union du Christ avec l’Eglise et du baptisé avec le Christ », développe Mgr Laffitte.

Ainsi, pour l’Eglise catholique, « le mariage n’est pas seulement l’union entre un homme et une femme, mais un mystère ecclésial ». Lorsque l’on se marie avec une personne de confession différente, il faut se poser les questions suivantes à l’avance – pour la pratique du culte, quelles seront les manières familiales de vivre la foi chrétienne à travers, par exemple, la prière commune, ou la confession dans laquelle les enfants seront baptisés et éduqués – « ce qui représente un sujet de vie conjugale très important, qui ne peut certes pas être relégué dans l’indécision et renvoyé à la vie familiale après les noces ».

La plupart des problèmes surviennent au fil du temps, note Mgr Laffitte, après des années de vie conjugale, tels que les conflits sur l’éducation des enfants, la conception de la femme, ou tout simplement la différente ferveur religieuse des deux conjoints envers leur propre foi.

Position de l’Eglise catholique

Relisons ce qu’affirme le Catéchisme de l’Eglise Catholique sur les difficultés que comporte le mariage avec disparité de culte : « La différence de confession entre les conjoints ne constitue pas un obstacle insurmontable pour le mariage, lorsqu’ils parviennent à mettre en commun ce que chacun d’eux a reçu dans sa communauté, et à apprendre l’un de l’autre la façon dont chacun vit sa fidélité au Christ. Mais les difficultés des mariages mixtes ne doivent pas non plus être sous-estimées. Elles sont dues au fait que la séparation des chrétiens n’est pas encore surmontée. Les époux risquent de ressentir le drame de la désunion des chrétiens au sein même de leur foyer. La disparité de culte peut encore aggraver ces difficultés. Des divergences concernant la foi, la conception même du mariage, mais aussi des mentalités religieuses différentes, peuvent constituer une source de tensions dans le mariage, principalement à propos de l’éducation des enfants. Une tentation peut se présenter alors : l’indifférence religieuse » (Catéchisme de l’Eglise Catholique, 1634).

C’est donc en raison notamment des conséquences qui en dérivent au niveau religieux, culturel, social et au niveau du dialogue interreligieux, que l’Eglise catholique romaine n’encourage pas les mariages avec disparité de culte. Ce mariage est même en principe interdit. Car la disparité de culte fait partie des empêchements dits « dirimants », c’est-à-dire des empêchements qui rendent le mariage nul.

Le droit canonique dit, à propos de la disparité de culte : « Est invalide le mariage entre deux personnes dont l’une a été baptisée dans l’Eglise catholique ou reçue dans cette Eglise et ne l’a pas quittée par un acte formel, et l’autre n’a pas été baptisée. » (cf. les canons cc. 1086, § 1 et 1124).

Ce qui n’empêche pas, toutefois, l’Eglise catholique de respecter le choix d’un couple pour un mariage catholico-musulman et de lui proposer une aide dans le cadre d’une pastorale du discernement qui aboutit à la dispense canonique. Une procédure qui consiste à lever l’obstacle en donnant l’autorisation à la partie catholique de contracter ce mariage, au nom du droit au mariage que l’Eglise reconnaît à toute personne et au nom de la liberté religieuse déclarée par l’Eglise au Concile Vatican II. (Déclaration sur la liberté religieuse / Vatican II)
Ainsi, si un(e) catholique veut que l’Eglise catholique romaine reconnaisse son mariage avec un partenaire musulman, l’intention de mariage doit être annoncée à la paroisse compétente (domicile du partenaire catholique) pour la préparation du dossier de mariage avec disparité de culte.

Les conditions du mariage avec disparité de culte

Un tel mariage doit donc bénéficier de l’autorisation expresse (le terme technique est «Dispense d’empêchement de disparité de culte », canon 1086 §§ 1 et 2) de l’Ordinaire du lieu (évêque ou son délégué).
Le canon 1125 stipule que cette autorisation ne sera accordée que si les conditions suivantes sont remplies :

1° la partie catholique déclarera qu’elle est prête à écarter les dangers d’abandon de la foi et promettra sincèrement de faire tout son possible pour que tous les enfants soient baptisés et éduqués dans l’Église catholique.
Il s’agit pour la partie catholique de se donner les moyens d’une vie spirituelle régulière en gardant le contact avec sa communauté d’origine, assumant sa responsabilité dans la vie spirituelle du couple, témoignant aussi de sa foi et en veillant avec sérieux à l’éducation religieuse des enfants.

2° l’autre partie sera informée à temps de ces promesses que doit faire la partie catholique, de telle sorte qu’il soit établi qu’elle connaît vraiment la promesse et l’obligation de la partie catholique ;

3° les deux parties doivent être instruites des fins et des propriétés essentielles du mariage, qui ne doivent être exclues ni par l’un ni par l’autre des contractants.

L’Eglise n’impose pas le baptême mais demande au non-baptisé d’être en accord avec les quatre « piliers » du mariage chrétien, à savoir : la liberté de consentement, l’indissolubilité du mariage, la fidélité et la procréation et l’éducation des enfants ainsi que l’ouverture vers les autres.

Les fiancés reconnaissent en toute honnêteté et franchise les propriétés et éléments essentiels du mariage, qui sont indispensables à un mariage valide. Dans le cas d’un mariage entre catholique et musulman, il faut vérifier en particulier que le partenaire musulman est prêt à rester fidèle à un seul conjoint et à vouloir son bien, et que le partenaire catholique déclare son attachement à l’indissolubilité de son union.
La demande d’accord de l’Ordinaire devrait être introduite assez tôt, c’est-à-dire avant que les préparatifs concrets pour le mariage ne soient engagés ou, selon les cas, avant que ne soient fixées les dates. Il est en effet pastoralement malheureux qu’un refus d’autorisation doive être prononcé alors que tout est prêt pour le mariage.

Il faut signaler, enfin, qu’un tel mariage est reconnu comme valide par l’Eglise catholique mais que le mariage lui-même (entre une personne baptisée et une autre non baptisée) n’a pas valeur sacramentelle.

ROGER GOMIS

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